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Divers

 

le chat et la souris 

Quand le chat est là … et la souris aussi !


A lire tranquillement, à déguster, pour tous ceux qui avec émotion se souviendront de tous ces moments oubliés.

Je compris que la souris n’avait plus aucune chance quand Minou passa devant moi de sa démarche de panthère noire. Au moment où il acculait la petite bête dans un coin, il se retourna pour me regarder droit dans les yeux. Le message était clair. Si je voulais postuler à l’emploi de siège pour son Auguste Derrière, j’avais intérêt, à fournir l’appui logistique vite fait. Je courus sur-le- champ chercher la pelle et la balayette dans le placard de la cuisine.
Voilà maintenant onze ans que j’appartiens à ce Chat. Je l’ai trouvé, un beau jour d'été, installé sur le toit de ma voiture, déjà occupé, en bon tacticien, à faire du charme aux enfants du voisinage.
Noir, avec un plastron blanc, un tablier blanc, des moustaches blanches, sur une frimousse complètement noire, il avait l’air d'un garçon de café. Tout le monde le trouvait irrésistible… sauf moi ! Je vivais à cent à l’heure, j’étais souvent absent, et il n’y avait pas de créneau dans mon emploi du temps pour la litière de Minou. Mais qu'en-est-il des souris quand le Chat paraît ?
De par ce vaste monde, c’était moi qu'il avait choisi. Les trois premières fois où je le trouvai dans la maison, je le mis à la porte, mais suprême astuce, il s’arrangeait toujours pour qu’un cercle de bambins inquiets l’y attendent, afin de le réconforter.
Il a faim… gémissaient-ils en chœur.
Et, ils écarquillaient les yeux de naufragés qui me rabotaient la conscience. Alors je le reprenais, mais juste le temps de lui donner une assiette de lait, tandis que les enfants menaient une enquête à travers tout le quartier pour savoir si quelqu'un avait perdu un chat.
Mon hôte avait l’habitude du confort, cela se voyait à sa façon impérieuse de s’asseoir devant la porte du réfrigérateur.
Quelqu'un quelque part devait se faire un sang d’encre.
Je l’appelai Minou, de peur qu’un nom plus personnalisé ne créa des liens plus difficiles à rompre.
Il était apparu dans ma vie depuis deux semaines quand je lus cette annonce chez mon commerçant : Perdu chat noir et blanc appartenant à une petite fille.
Le soir même je sonnai à ladite porte. La petite fille qui m’ouvrit la porte portait un chat noir et blanc dans ses bras.
Il s’était enfermé dans la gaine d’aération expliqua-t-elle.
Je rentrai à la maison en me disant que son BANAL MATOU n’avait rien à voir avec mon BEAU MINOU.
Mon MINOU, cette fois s’en était fait. En arrivant dans le salon, je m’assis dans un fauteuil, et nous sommes restés comme ça à nous regarder. Puis il se coucha sur le dos, une oreille repliée sous la tête. La laine du tapis lui étirait la joue, comme s’il décochait un sourire en coin, agrémenté d’un clin d’œil.
Je compris que j’avais à faire à un adorable démon, je lui vendis mon âme.
Depuis, je lui ai servi, voyons… ? onze ans ! ( Je sors ma calculette de poche ) multiplié par 365 jours… multiplié par 3 ( oui, au moins 3 fois par jour ) égalent 12’045 soucoupes de lait, de poissons, etc… etc…
Minou a partagé TROIS maisons avec moi, deux à Londres, une dans un village au bord de la mer, acceptant chacune de bon gré, comme si je lui faisais cadeau d’un nouveau territoire.
Très sportif, il a inventé des jeux pour me faire tenir la forme. Ainsi nous jouons au tennis d’escalier, du haut de la plus haute marche, il me renvoie d’un coup droit, la petite balle en peluche que je lui expédie. Au bout de cinq échanges parfaitement parés, il s’arrête pour se laver la queue sans plus tenir compte de mes services. C'est là qu’on se sent bête… Minou gagne encore, jeu, set et match.
Mais, ce qu’il préfère c’est le yoga. Il m’arrive quand mon bain coule, de reprendre quelques exercices enseignés il y a quelques années à la télévision. A ce moment , Minou apparaît, se frotte la joue contre mes jambes, se roule sur le dos, s’étire jusqu’à avoir l’air de mesurer un mètre de long… Alors, nez à nez, nous nous dévisageons avec l’expression impénétrable des yogis.
Puis, quand la baignoire se vide, il saute dedans et observe fasciné, le siphon qui fait des gargouillis. Après quoi, il procède à sa grande toilette de la journée.
Avec un seul mot… Miaou ! exprime des quantités d’idées suivant les intonations. J’identifie aussi bien Salut quand je rentre, que Attention je suis là, quand il croit que je vais lui marcher sur la queue… Aïe ! quand je lui marche effectivement sur la queue, Bas les pattes, quand j’y vais trop fort en jouant… ou, Le dernier arrivé là-haut est un gros lard… miaulement rauque lancé par-dessus l’épaule tandis qu’il bondit sur la dernière marche.
En revanche la chasse aux souris se passe toujours dans le plus grand silence… c'est une affaire sérieuse, régie par les lois de la jungle. et qui ne souffre pas la plaisanterie.
Mon Maître de Chat compte sur moi pour barrer la route aux proies qui tenteraient de s’échapper à l’autre bout du buffet. Et, il n’est pas peu indigné lorsque son serviteur attrape la souris pour aller la relâcher sous des cieux plus cléments.
J’étais donc là, sur le qui-vive, armé de ma pelle et de ma balayette, quand Minou, coinça la petite souris tremblante dans le coin de la pièce. Seulement, dans cette vieille maison, tout laisse à désirer, et l’assiégée réussit à se faufiler dans un petit pli entre les dalles de vinyle et la tapisserie murale.
Ingénieusement, Minou tendit une patte, toutes griffes dehors, détacha la dalle du coin, pour dégager un large triangle de plancher, à quoi la partie adverse répliqua par une retraite de crabe en se glissant plus profondément le long du pli.
Suivez-moi bien maintenant : nous avions donc un chat, avec un triangle isocèle en vinyle devant le nez. Il fallait qu’il puisse voir de l’autre côté, mais pour cela il devait avancer d’un pas , ce qui l’aurait obligé de lâcher le vinyle qui serait tombé à plat sur le sol.
Chat-pitre 2 : où Minou, ne trouva d’autre solution, que de s’asseoir pour faire paisiblement sa toilette, en attendant la suite des événements.
Il lâcha donc le vinyle, et se posta juste au-dessus du pli où s’était réfugiée la souris... Ai-je précisé qu’il pesait plus de six kilos ?
Inutile d’être médecin spécialiste pour constater le triste état de la souris à demi étouffée quand je la récupérai sur la pelle. Repoussant Minou, qui voulait lui faire du bouche à bouche, je l’emportai dans une touffe d’herbe reculée, pour la laisser récupérer.
De retour à la maison je compris que l’on attendait des excuses.
Pardon dis-je humblement…
Sans écouter la suite, Monsieur passa devant moi, la tête haute, l’air méprisant.
M i a o u… ! lança-t-il…
Traduisez : vas te faire voir, et sa queue fouettait l’air avec indignation.
Il est revenu depuis, mais à sa façon de s’asseoir loin de moi, refusant obstinément de me regarder, je me sens relégué à la niche. Ma dure expérience me dit qu'il gardera longtemps ses distances... jusqu'au moment où, j’ouvrirai la porte du réfrigérateur… !

Il y aurait bien d’autres faits à vous conter, mais nous serions ensemble encore un bon moment.
Il s’agit-là d’une simple nouvelle pour vous faire revivre de bons moments quelquefois oubliés.
Tous ceux qui n’ont pas goûté à ces petits bonheurs, ne sauront jamais vraiment ce dont il s’agit.

Si vous hésitez à prendre un compagnon…, faites le pas, vous ne serez pas déçu, ne dites ni oui, ni non, mais faites un tout petit essai, juste pour voir, ils nous donnent des joies qui ne peuvent se matérialiser que par leur présence.
Leur compagnie est trop courte, nous devons, le jour venu, accepter leur départ. Ils laissent dans nos cœurs, tant de joies partagées

 

( Juillet 2004 - texte d'origine inconnue, mais si réaliste)

 

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