Alors, comment ça va ? Toujours bon pied, bon
il ?
Que je l'ai entendu, le refrain que voilà
Lorsque de mon logis, quelqu'un franchit le pas,
Ou croise le chemin qui accueille mes pas.
Ces mots de sympathie, voire sollicitude
Sont dits d'un air absent, sans y penser vraiment.
C'est devenu un tic, une aimable habitude,
Comme « bonne journée » ou « tous mes
compliments ».
Le voisin prévenant, qui s'enquiert et questionne
Se préoccupe peu de ce que vous direz.
Il veut surtout parler de sa propre personne
Et des méchants tourments qu'il lui faut endurer.
Et c'est la litanie des maux qui le torturent.
Migraines et douleurs, rhumes, rages de dents,
Symptômes alarmants de diverses natures,
Nul ne fut éprouvé, nul ne souffrit autant.
Vous écoutez cela d'une oreille distraite.
Vous plaignez le martyr et vous compatissez.
Enfin, n'y tenant plus, vous battez en retraite
Après vux de mieux-être et saluts empressés.
Gémir, se lamenter, n'arrange pas les choses.
Aussi, lorsque je croise un quidam en chemin,
Afin de couper court aux questions qu'il me pose,
Je dis en souriant : « Merci, je vais très bien !
»
Renée Jeanne Mignard